God Saves The Queen

# Posté le jeudi 08 mai 2008 15:09

No News Good News

No News Good News
Je trouve ce début d'année 2008 relativement vide. Peu (ou pas) de grands albums, de grandes découvertes musicales, etc. Il faut dire qu'en comparaison avec l'année dernière, 2008 aura du mal à faire mieux.
Bref, qu'en est-il du rock ?

Rien de nouveau, mais The Do a fait un très joli album, peut-être pas assez énergique pas moment, mais forts de très beaux titres (le plus qu'omniprésent On My Shoulders, The Bridge Is Broken, Stay Just A Little Bit More...).

Après trois ans de fainéantise, The Kills revient enfin avec un album plus electro, plus musclé que le relativement blues No Wow. Midnight Boom illustre parfaitement l'alchimie exceptionnelle du duo (voir chronique de concert plus loin). On retient tout particulièrement les excellents titres Cheap And Cheerful, Hook And Line, URA Fever, Last Day Of Magic, et la magnifique chanson un brin mélancolique Black Balloon.

Du côté des rééditions, on salue la masterisation du chef-d'oeuvre du groupe des années soixantes The Zombies. Un article retraçant l'echec total de ce disque sublime est d'ailleurs publié dans le rock'n'folk du mois dernier.
Reste que ce Odessey And Oracle est un magnifique disque très nostalgique, aux mélodies simples mais tellement prenantes, aux choeurs typiquement sixties, à une orchestration magistrale.
Et par pitié, qu'on arrête de me dire "tiens, ça fait vachement sixites ça" ou "les Zombies, ouais, sympa, mais je trouve que c'est vraiment trop un rassemblage de gimmicks des années soixantes". Le groupe EST des années soixantes !!!

Du côté de nos voisins français, les très talentueux Coming Soon ont enfin sortit leur album "New Grids". Très américain, assez folk, un peu blues, le disque charme dès la première écoute.
Ne vous fiez pas au tout premier single du groupe "The Escort", totalement étrangé au style de l'album, il n'est d'ailleurs pas repris dans celui-ci. Par contre, le très bon second simple du groupe "Big Boy" représente dignement ce disque.

Nettement plus electro, les Frenchies de ALB livrent un album très rétro, ou les sons electronique s'entrecroisent avec la pop, pour finir en mélopée mélancolique.



Passons aux lives :

Il y a quelques semaines, les très jeunes Bukowskis ouvraient à l'Usine de Genève pour les Anglais d'Art Brut.
Malgré quelques ennuis de dernières minutes, le groupe a su livrer ses chansons très abouties et très efficaces. La force du groupe réside sans doute dans le mélange des compositeurs et des voix, des trois guitares entremélées, de l'énergie et du plaisir d'être sur scène communicatifs. Les disputes récurentes du groupe leur permetteraient-elles aux artistes de composer de meilleures chansons ? Le set, plutôt brillament joué, a malgré tout souffert de quelques remarques stupides, et de certaines chansons plus calmes qui ont brisé l'élan du concert.

C'est ensuite les Anglais d'Art Brut qui débarquent sur scène. Probablement intimidés par autant de personalité, la moitié de la salle se vide (précisons qu'elle était remplie à la première parties de TRES jeunes filles vêtues d'une veste en cuir Zara et de slims, venues s'encanailler à l'Usine avec leur look rock attitude pour encourager leurs petits copains, avant d'aller se rassurer en boîte de nuit...)
Malheureusement, le groupe ne séduit que peu d'auditeurs. L'absence récurrente de mélodie lasse relativement vite, malgré l'énorme énergie du groupe.


Hier soir, au Fri-Son de Fribourg, c'était les Suisses de Solange La Frange qui ouvrait pour les Kills. La salle, déjà comblée, se transforme rapidement en dance floor à l'écoute de titres electro du trio. Extrêmement énergique, le groupe jouent leurs morceaux transcendants tels que Reykjavik, Secret Of The Zombie, Sexy Back de Justin Timberlake etc.

C'est ensuite au Kills de reprendre un public très motivé. Le duo ouvrent avec URA Fever de leur dernier album. La couleur est déjà annoncé. Le concert sera très fort, mais très sombre. Le son est intense, et malgré un nombre d'instrument très limité (une à deux guitares, une boite à rythme, et voix), le groupe livre un son extrêmement puissant. Intercallant leurs anciens titres au nouveau (No Wow très intense, Fried My Little Brains...). La chanteuse VV joue son rôle, reste très distante avec son public, mais esquisse quand même quelques faibles sourires. Hotel, lui, se démène comme une bête de scène, visant la salle avec le manche de sa guitare, telle une arme. Visuellement, il est de face, elle est de profil. Elle guette son approbation, son regard, cherche son attention à tout prix. Ils placent finalement leurs micros l'un enface de l'autre, pour chanter en se regardant. Ils partagent parfois le même micro, et l'alchimie sensuelle entre les deux parties du duo n'est que plus intense.
Le public, déjà charmé, se laisse porter par le magnifique Last Day Of Magic où la voix de la chanteuse est époustouflante, et après avoir avoir été conquis sur The Good Ones, entre en transe sur Cheap And Cheerful.
# Posté le mercredi 09 avril 2008 10:31

Lust Lust Lust Again And Again

Lust Lust Lust Again And Again
Pourquoi est-ce qu'à chaque fois que j'étais le plus défoncé, le plus misérable, avais-je l'impression d'être le plus lucide ? Les effets diminueraient-ils ? La coke ne nuançait même plus la réalité.
Déjà une heure que j'étais assis sur cette banquette moite, au milieu des bruits, des gens qui ne semblaient même pas avoir remarqué mon existence. Incompréhensible : on ne pouvait définitivement pas ne PAS me remarquer. Soixante minutes à regarder droit devant moi, sans dire mots, aspirant goulûment la fumée de mes cigarettes comme un asthmatique accroché à son ventolin. Une main posée négligemment dans mes cheveux, l'autre défiant les lois de la gravité en tentant de garder vodka et cigarette à distance du sol, les yeux écarquillés, de plus en plus rouge de ne pas pouvoir pleurer.
Je ne pensais même plus. J'observais. Spectateur passif de la vie. Luke en était à sa troisième fille consommée. Roman tentait désespérément d'en trouver une. Je voyais tout avec plus d'insistance. La sueur, le maquillage qui coule, les coulées de vodka, la salive entre leurs seins, les traces de rouge sur leurs chemises. Répugnants. Ils me dégoûtaient dans leur naïveté.
Des pantins articulés, tous. Dansant comme des robots sur de la musique de merde. Faire semblant d'être jeunes et beaux, faire semblant de s'amuser, faire semblant d'être à l'aise. Faire semblant d'être heureux.
Leurs déhanchés trahissaient un énorme manque de confiance en soi, la lumière était suffisamment saccadée pour cacher les nombreuses imperfections de leurs visages. Hallucinant le nombre de thons qui paraissent baisables en boîte de nuit. Et les mecs, les pires. Avec leurs fausses montres et ceintures Gucci, parce qu'eux ne peuvent que difficilement tricher avec leur physique et se rattrape alors sur le fric. Toujours prêt à payer un verre à une fille avant de se faire rejeter. Je ne compte plus les péteux en talonnettes pour paraître plus grand, leurs bras soudés à leur tronc pour masquer leurs auréoles, ne bougeant que leurs avant-bras gourmettés.
Un concentré de beauferie. Et Roman qui continue à vouloir venir chaque week-end sans renoncer. Le jour où il trouvera une fille peut-être qu'il arrêtera de nous casser les couilles avec cette boîte.
Où était passée notre jeunesse ? Nos soirées interminables où je m'amusais encore. Seule l'habitude était restée. Par crainte d'assumer que nous avions changé. Qu'ils avaient changé. Et que plus jamais tout ne serait comme avant.
Etre seul entouré plutôt que d'être seul chez soi. Toujours donner l'impression d'être en groupe. La collectivité était rassurante. Faire semblant de s'amuser.

Toilettes. Encore. Deux grammes de plus. Incapable de savoir à combien s'élevait le tout. Encore obligé de payer le black des chiottes pour qu'il ne me dénonce pas. Toujours ce regard accusateur quand je sortais, fraîchement repoudré. Et toujours ce sourire ce contentement après lui avoir glissé sans plus aucune discrétion le billet tant espéré.
Tout n'était plus qu'habitudes. Des codes auxquels j'adhérais malgré moi.

Et puis j'ai vu ma cible. Ma jouissance mentale personnelle. Je me suis dirigé vers elle en bousculant quiconque se trouvait sur mon chemin. Ne jamais jamais perdre de vue sa proie.
Elle était parfaite. Encore plus que les autres. La Factory répondait de mieux en mieux à mes attentes. Une grosse blonde aux seins énormes, un string fushia dépassant de sa micro jupe en jeans. J'ai failli avoir un orgasme en m'apercevant qu'elle portait des santiags et un corset hideux en lycra qui dévoilait un piercing rose.
Elle ne m'avait pas vu venir vers elle, et quelle fut sa surprise en me voyant assis à côté d'elle, un main déjà posée sur son épaule. Surtout ne pas l'effrayer. Et ne jamais lui demander son prénom.
L'apprivoiser d'abord, la flatter, se montrer intéressé. Obtenir un degré de confiance minimal avant de se lâcher.
Je lui ai parlé de littérature. Elles sont toutes géniales sur ce sujet. Les seuls bouquins qu'elles ont lus se résument rapidement à ceux donnés par l'école, et l'intégral de Gossip Girl.
Ca allait être plus dur ce soir ma jolie. Sartre, Tolstoï, Bukowski. Sans transition, Freud, Jung, Baudelaire. La pauvre petite était perdue. Perdue dans mes yeux bleus, la bouche grande ouverte, incapable d'en placer une. D'abord parce que je ne la laissais pas parler, et surtout parce que la gourde n'avait rien d'intéressant à dire. Elle tirait nerveusement sur sa jupe pour garder un minimum de pudeur. Je m'étais encore plus rapproché d'elle. Elle avait l'air tellement innocente, tellement inculte, une bimbo en puissance.
Elle me regardait toujours, hébétée. Luke est passé à côté de nous et a explosé de rire. Je ne leur faisais rien de mal à ces filles. Je ne voulais pas les violer, de toute manière elle ne me faisait pas bander. Je voulais juste me payer de leur tête. Peut-être qu'en les ridiculisant je me prouverai que j'étais intelligent. Rabaisser les autres pour se sentir supérieur, plutôt que de cultiver son propre capital.

Je l'ai abandonné après une demi-heure de monologue jouissif. Retour à la table. J'ai engloutit une vodka-pomme.

Et je l'ai aperçu. Elle sortait de la boîte, de dos. Ca ne pouvait être qu'elle. J'avais reconnu sa démarche, sa manière d'avancer dans la foule en se glissant sans rien perturber. J'ai arrêté de respirer. Je l'ai appelé. Plusieurs fois, j'ai crié son nom dans la foule. Des têtes se tournaient peu à peu vers moi. Puis elle s'est retournée. Elle a cherché des yeux qui l'avait appelée. Son regard s'est arrêté sur moi. Je n'avais pas vu son visage depuis un an. Mon c½ur a fait un bon. Elle a esquissé un sourire et j'ai vu son mec lui prendre la main et la tirer à l'extérieur de la Factory.

Je suis resté debout au milieu de tout le monde qui avait recommencé à danser sans se soucier de moi. J'était paralysé et aussi hébété que la vulgaire blonde que j'avais draguée.
Le ballet incessant des corps qui me frôlaient ne perturbait pas ce que je ressentais à ce moment précis. Cette intense solitude qui me poursuivait depuis trop longtemps, ce dégoût de la vie et de moi-même qui me hantaient jusqu'en dans mes rêves. Ça ne pouvait pas être à cause d'elle. Ca ne pouvait pas être parce qu'elle n'était plus là. Non.

Quelqu'un m'a pris par le bras. Luke. Encore ce sourire d'ange malsain. Il m'a donné la main. Je pensais qu'il voulait apaiser ma douleur, mais au lieu du réconfort dont j'avais besoin, il a glissé deux boulettes dans ma paume. Noie ton chagrin dans la drogue. Ta cause est perdue.

Il m'a abandonné sur la piste de danse et je fixais sans réaliser le creux de ma main et les deux petites boules beigeâtres. La blondasse s'est dirigée vers moi.
- tu danses ? m'a-t-elle demandé, pleine d'entrain.
- Seulement si après tu me suces dans les chiottes.
J'étais subitement devenu agressif. Plus que normalement. Elle a écarquillé ses yeux rouges et je l'ai laissé plantée là. Direction les toilettes, encore.

Je suis entré, j'ai dépassé tout le monde. Je me suis enfermé et ai glissé doucement le long de la porte, les jambes écartées sur le sol gluant. Je sentais la fatigue me toucher, et la tristesse. Je sentais des larmes monter, et me suis empressé de sniffer une ligne. Pour ne pas craquer. La coke me permettait de rester vivant, mais vide. Vide de tout désir, de toute émotion. J'étais un zombie mort depuis longtemps. Je n'avais plus envie de rien. Je m'en suis rendu compte à ce moment là. Je critiquais les autres de faire semblant de s'amuser, alors que je jouais mon propre rôle depuis trop longtemps. J'étais devenu expert en hypocrisie, maître en faux sentiments. Mon rire sonnait faux dans ma gorge, et pourtant je refusais de laisser couler mes larmes. Rester digne, pourquoi faire ? Paraître maître de sa vie quand elle n'était plus que mensonges et grotesque ?
Des images sont revenues. Des sons. Son rire. Ses yeux. Son corps baigné dans la lumière de mon appartement, encore endormie. L'herbe sur ses vêtements quand nous étions dans le parc. Son approbation pendant les répètes. Son regard admiratif pendant les concerts. Sa voix quand elle chantonnait. Sa cambrure lorsqu'elle écrivait sur son ordinateur. L'écriture carrée de son carnet. Ses caresses. Ses lèvres. Ses cheveux. Son odeur. Son rire. Ses pleurs. Son désarroi. Ses reproches. Son indifférence. Sa distance. Son regard.
Stop.
J'ai terminé la deuxième boulette dans une ligne interminable. J'ai lancé le plus violement possible le miroir contre le mur, qui a explosé. J'ai lâché ma tête en arrière, posée contre le bois. Je voyais flou. Tout était trouble. Les toilettes me semblaient lointaine. Les sons de plus en plus distants. J'ai fermé les yeux. Je n'avais plus besoin de résister. Le bonheur n'existe pas.

# Posté le jeudi 14 février 2008 12:28

Notes From The Black Book (New York I Love You (LCD Soundsystem) )

Notes From The Black Book (New York I Love You (LCD Soundsystem) )
En rentrant de boîte ce soir là, j'ai décidé de marcher de la gare jusqu'à chez moi, plutôt que de claquer encore plus de fric dans un taxi désagréable. En plus, on ne pouvait même plus fumer dans ces voitures. De toute manière, j'avais besoin d'éliminer l'alcool et la coke que j'avais dans le sang, avant de passer le seuil de ma porte. J'avais beau détester St Albans, cette ville minuscule, son ennui et la banalité de ses habitants, son manque d'intérêt comparée à la mégalopole que je rejoignais le plus souvent possible en train, j'appréciais le calme qui régnait tard dans la nuit, ou bien, tôt le matin.

La nuit était glaciale et la fumée qui sortait de mes lèvres n'était pas due qu'à la cigarette. Je me serrais dans mon blazer trop grand pour moi, et le bruit de mes pas résonnait dans les rues vides. J'aime ce moment précis, où tout le monde dort et quand la ville m'appartient.
J'étais le seul à être encore éveillé et cela me donnait la sensation d'être le roi du monde. Le ciel était noir-blanc, il faisait vraiment froid, et la lune et les étoiles étaient cachées par les épais nuages qui allaient nous priver de la vue du ciel jusqu'à fin mars.
Je contemplais mon reflet dans les vitrines de magasins fermés et scrutais chaque changement sur mon visage. Je me recoiffais systématiquement et réajustais chaque partie de ma tenue. J'étais fier de l'apparence que j'avais, conscient des efforts que je faisais pour avoir l'attitude la plus trash et le style le plus rock'n'roll de la ville. Roman me surnommait le « nouveau Pete Doherty » et j'étais de plus en plus d'accord avec lui.

J'avais encore passé la soirée à Londres, à la Factory, la boîte la plus branchée du moment, où j'avais consommé une quantité impressionnante de vodka hors de prix, de cigarettes et de coke de mauvaise qualité. Encore une soirée gâchée, où je ne fréquentais que des petits bourges hypocrites à qui je finissais de plus en plus par ressembler. Les filles étaient bien plus belles lorsqu'elles s'intéressaient à moi à la vu du Magnum de vodka à 1000 balles posé sur la table, bien plus intéressantes lorsqu'elles m'accompagnaient dans les toilettes pour sniffer quelques lignes parce que c'était tellement cool, leurs jambes maigres écartées pour moi tant que je leur offrais de quoi les faire vibrer. Je me persuadais qu'elles m'attiraient lorsque j'étais shooté, parce que leur bêtise et leur vulgarité ne me faisaient même pas bander. Pour ne pas les vexer, et pour ne surtout pas paraître étrange aux yeux des autres, je mettais ça sur le compte de l'alcool et de la fatigue, mais la vérité est qu'à s'offrir comme des putes de luxe, elles perdaient le peu de charme qu'elles avaient habituellement.

J'entendais mon souffle résonner dans ma tête et mon sang battre dans mes tempes, mais je n'y prêtais pas vraiment attention. Je murmurais des mélodies encore inconnues, tout en sachant que j'allais torturer ma guitare pendant une à deux heures une fois rentré, avant de me coucher et de m'endormir quelques instants pour éviter le Down que je redoutais. Je savais pertinemment que ma nuit serait peuplée de cauchemars obscurs desquels je me réveillerais en sueur, le c½ur battant à 200 à l'heure, encore sous le choc de ce que je venais de vivre. Je ne connaissais plus une nuit reposante et complète depuis bientôt deux ans. Mon corps était épuisé mais mon esprit lui interdisait le moindre répit. Alors, j'accumulais les allers et retours entre la fenêtre pour fumer des Lucky Strike humides, et entre l'ordinateur sur lequel je me courbais pour écrire des paroles, lire des articles de presses, regarder des photos et même parfois des pornos quand je me trouvais dans une situation vraiment désespérée.

Au moment où je traversais la route, une Porsche m'a frôlé et je suis tombé par terre. J'entendais encore la techno commerciale poussée au volume maximal et les rires moqueurs de ses occupants quand je me suis relevé. Mes mains étaient écorchées et les verres de mes lunettes rayés. J'ai apporté la blessure à ma bouche et le goût du sang m'a donné envie de vomir. Je me suis dépêché de terminer la centaine de mètres qu'il me restait avant d'arriver.

Une fois dans le hall sur-éclairé, j'ai encore contemplé mon reflet dans les nombreuses glaces. Sous la lumière des néons, j'ai vu quelle gueule j'avais, très loin de l'image de rockeur sexy que j'essayais de me donner. Les cernes sous mes yeux avaient doublé, et mes efforts pour les cacher à coups de truelle de fond de teint n'avaient qu'intensifié le contraste. Mes yeux rouges et mes pupilles dilatées me donnaient l'air d'un mort-vivant et mes cheveux gras collaient autour de mes tempes.
Dégoûté par ma propre image, si différente de celle que j'avais en tête, je me suis précipité dans les escaliers pour entrer le plus vite possible dans mon appartement obscur. En arrivant dans ma chambre, je me suis débarrassé de mes vêtements poisseux qui sentaient la cigarette et ai traversé le couloir jusqu'à la douche. Je me suis brûlé pour ensuite me glacer. Rafraîchir ma tête, me réveiller un peu plus, et tester mes réactions. Je n'ai pris conscience que mon nez saignait que lorsque l'eau autour de mes pieds est devenue rouge.
Je suis resté une bonne quinzaine de minutes à me vider la tête sous l'eau qui coulait dans mon dos, ne sachant pas quoi faire, pas quoi penser. Je me suis couché sur mon lit les cheveux encore mouillés, les bras en croix, complètement nu et j'ai regardé le plafond pendant des secondes qui m'ont parues interminables.

Je me suis réveillé une heure après, congelé. Je n'avais pas envie d'écrire, ni de jouer de la guitare. Je n'avais pas d'inspiration et j'étais vraiment fatigué. J'ai posé mon casque sur les oreilles et me suis blotti dans les couvertures, sans réussir à m'endormir, trop occupé à penser à tout, à ne penser à rien...

# Posté le dimanche 13 janvier 2008 12:13
Modifié le lundi 14 janvier 2008 15:50

Everytime You Close Your Eyes

Everytime You Close Your Eyes
Une secte. Quelque chose de mystique. Les lumières s'éteignent, et la salle belge est plongée dans l'obscurité. Tout a coup, un écran s'allume, une femme, noire, crie. D'autres écrans s'allument ensuite. D'autres hommes et femmes, qui crient aux noms de Dieu.
Le groupe arrive enfin sur scène, sous un tonnerre d'applaudissement. Le début de ce moment magique peut commencer.
Ouvrant d'abord par « Keep The Car Running » puis enchaînant avec un “No Cars Go” repris en coeur par un public conquis d'avance, les Canadiens prouvent une fois de plus leur talent de groupe de scène. Win Butler cède sa place devant le micro à sa femme qui chante un magnifique « Haïti », dont les spectateurs subjugués chanteront les ch½urs pendant quelques minutes à la fin du morceau. Suivent « Laïka » et « Black Mirror » qui manque quelque peu d'énergie, probablement trop sombre pour retransmettre l'émotion nécessaire à sa beauté.
Le très noir « Black Wave / Bad Vibrations » précède ensuite un « In The Backseat » magique. La voix enfantine de Régine Chassagne trouble les auditeurs, et l'émotion transmise est tellement intense que le public se tait, fasciné. Des larmes coulent sur les joues de certains, et les autres ne peuvent s'empêcher de ressentir un poids dans le ventre. L'interprète est tout aussi troublée par le morceau et quelques sanglots cassent sa voix. A la fin du titre, c'est un triomphe monumentale que les Bruxellois réservent au groupe. Win Butler apparaît alors à l'orgue, et joue une reprise des Violent Femmes « Kiss Off ». Régine se place ensuite à la batterie pour « Ocean Of Noise », « Tunnels » et « The Well And The Lighthouse ». Après « Antichrist Television Blues », Arcade Fire joue « Power Out » très intense, puis termine par un « Rebellion » partant en crescendo, le rythme soutenu du titre faisant rentrer le public dans une sorte de transe.
Revenant après quelques minutes pour un encore mémorable, le groupe joue le très bel « intervention » et closent par un « Wake Up » à couper le souffle.

# Posté le dimanche 18 novembre 2007 16:05
Modifié le mercredi 21 novembre 2007 10:47