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Notes From The Black Book (New York I Love You (LCD Soundsystem) )

Notes From The Black Book (New York I Love You (LCD Soundsystem) )
En rentrant de boîte ce soir là, j'ai décidé de marcher de la gare jusqu'à chez moi, plutôt que de claquer encore plus de fric dans un taxi désagréable. En plus, on ne pouvait même plus fumer dans ces voitures. De toute manière, j'avais besoin d'éliminer l'alcool et la coke que j'avais dans le sang, avant de passer le seuil de ma porte. J'avais beau détester St Albans, cette ville minuscule, son ennui et la banalité de ses habitants, son manque d'intérêt comparée à la mégalopole que je rejoignais le plus souvent possible en train, j'appréciais le calme qui régnait tard dans la nuit, ou bien, tôt le matin.

La nuit était glaciale et la fumée qui sortait de mes lèvres n'était pas due qu'à la cigarette. Je me serrais dans mon blazer trop grand pour moi, et le bruit de mes pas résonnait dans les rues vides. J'aime ce moment précis, où tout le monde dort et quand la ville m'appartient.
J'étais le seul à être encore éveillé et cela me donnait la sensation d'être le roi du monde. Le ciel était noir-blanc, il faisait vraiment froid, et la lune et les étoiles étaient cachées par les épais nuages qui allaient nous priver de la vue du ciel jusqu'à fin mars.
Je contemplais mon reflet dans les vitrines de magasins fermés et scrutais chaque changement sur mon visage. Je me recoiffais systématiquement et réajustais chaque partie de ma tenue. J'étais fier de l'apparence que j'avais, conscient des efforts que je faisais pour avoir l'attitude la plus trash et le style le plus rock'n'roll de la ville. Roman me surnommait le « nouveau Pete Doherty » et j'étais de plus en plus d'accord avec lui.

J'avais encore passé la soirée à Londres, à la Factory, la boîte la plus branchée du moment, où j'avais consommé une quantité impressionnante de vodka hors de prix, de cigarettes et de coke de mauvaise qualité. Encore une soirée gâchée, où je ne fréquentais que des petits bourges hypocrites à qui je finissais de plus en plus par ressembler. Les filles étaient bien plus belles lorsqu'elles s'intéressaient à moi à la vu du Magnum de vodka à 1000 balles posé sur la table, bien plus intéressantes lorsqu'elles m'accompagnaient dans les toilettes pour sniffer quelques lignes parce que c'était tellement cool, leurs jambes maigres écartées pour moi tant que je leur offrais de quoi les faire vibrer. Je me persuadais qu'elles m'attiraient lorsque j'étais shooté, parce que leur bêtise et leur vulgarité ne me faisaient même pas bander. Pour ne pas les vexer, et pour ne surtout pas paraître étrange aux yeux des autres, je mettais ça sur le compte de l'alcool et de la fatigue, mais la vérité est qu'à s'offrir comme des putes de luxe, elles perdaient le peu de charme qu'elles avaient habituellement.

J'entendais mon souffle résonner dans ma tête et mon sang battre dans mes tempes, mais je n'y prêtais pas vraiment attention. Je murmurais des mélodies encore inconnues, tout en sachant que j'allais torturer ma guitare pendant une à deux heures une fois rentré, avant de me coucher et de m'endormir quelques instants pour éviter le Down que je redoutais. Je savais pertinemment que ma nuit serait peuplée de cauchemars obscurs desquels je me réveillerais en sueur, le c½ur battant à 200 à l'heure, encore sous le choc de ce que je venais de vivre. Je ne connaissais plus une nuit reposante et complète depuis bientôt deux ans. Mon corps était épuisé mais mon esprit lui interdisait le moindre répit. Alors, j'accumulais les allers et retours entre la fenêtre pour fumer des Lucky Strike humides, et entre l'ordinateur sur lequel je me courbais pour écrire des paroles, lire des articles de presses, regarder des photos et même parfois des pornos quand je me trouvais dans une situation vraiment désespérée.

Au moment où je traversais la route, une Porsche m'a frôlé et je suis tombé par terre. J'entendais encore la techno commerciale poussée au volume maximal et les rires moqueurs de ses occupants quand je me suis relevé. Mes mains étaient écorchées et les verres de mes lunettes rayés. J'ai apporté la blessure à ma bouche et le goût du sang m'a donné envie de vomir. Je me suis dépêché de terminer la centaine de mètres qu'il me restait avant d'arriver.

Une fois dans le hall sur-éclairé, j'ai encore contemplé mon reflet dans les nombreuses glaces. Sous la lumière des néons, j'ai vu quelle gueule j'avais, très loin de l'image de rockeur sexy que j'essayais de me donner. Les cernes sous mes yeux avaient doublé, et mes efforts pour les cacher à coups de truelle de fond de teint n'avaient qu'intensifié le contraste. Mes yeux rouges et mes pupilles dilatées me donnaient l'air d'un mort-vivant et mes cheveux gras collaient autour de mes tempes.
Dégoûté par ma propre image, si différente de celle que j'avais en tête, je me suis précipité dans les escaliers pour entrer le plus vite possible dans mon appartement obscur. En arrivant dans ma chambre, je me suis débarrassé de mes vêtements poisseux qui sentaient la cigarette et ai traversé le couloir jusqu'à la douche. Je me suis brûlé pour ensuite me glacer. Rafraîchir ma tête, me réveiller un peu plus, et tester mes réactions. Je n'ai pris conscience que mon nez saignait que lorsque l'eau autour de mes pieds est devenue rouge.
Je suis resté une bonne quinzaine de minutes à me vider la tête sous l'eau qui coulait dans mon dos, ne sachant pas quoi faire, pas quoi penser. Je me suis couché sur mon lit les cheveux encore mouillés, les bras en croix, complètement nu et j'ai regardé le plafond pendant des secondes qui m'ont parues interminables.

Je me suis réveillé une heure après, congelé. Je n'avais pas envie d'écrire, ni de jouer de la guitare. Je n'avais pas d'inspiration et j'étais vraiment fatigué. J'ai posé mon casque sur les oreilles et me suis blotti dans les couvertures, sans réussir à m'endormir, trop occupé à penser à tout, à ne penser à rien...

# Enviado em Domingo 13 Janeiro 2008 12:13

Modificado em Segunda 14 Janeiro 2008 15:50

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