« Regresso ao blog de juiceb0x

Lust Lust Lust Again And Again

Lust Lust Lust Again And Again
Pourquoi est-ce qu'à chaque fois que j'étais le plus défoncé, le plus misérable, avais-je l'impression d'être le plus lucide ? Les effets diminueraient-ils ? La coke ne nuançait même plus la réalité.
Déjà une heure que j'étais assis sur cette banquette moite, au milieu des bruits, des gens qui ne semblaient même pas avoir remarqué mon existence. Incompréhensible : on ne pouvait définitivement pas ne PAS me remarquer. Soixante minutes à regarder droit devant moi, sans dire mots, aspirant goulûment la fumée de mes cigarettes comme un asthmatique accroché à son ventolin. Une main posée négligemment dans mes cheveux, l'autre défiant les lois de la gravité en tentant de garder vodka et cigarette à distance du sol, les yeux écarquillés, de plus en plus rouge de ne pas pouvoir pleurer.
Je ne pensais même plus. J'observais. Spectateur passif de la vie. Luke en était à sa troisième fille consommée. Roman tentait désespérément d'en trouver une. Je voyais tout avec plus d'insistance. La sueur, le maquillage qui coule, les coulées de vodka, la salive entre leurs seins, les traces de rouge sur leurs chemises. Répugnants. Ils me dégoûtaient dans leur naïveté.
Des pantins articulés, tous. Dansant comme des robots sur de la musique de merde. Faire semblant d'être jeunes et beaux, faire semblant de s'amuser, faire semblant d'être à l'aise. Faire semblant d'être heureux.
Leurs déhanchés trahissaient un énorme manque de confiance en soi, la lumière était suffisamment saccadée pour cacher les nombreuses imperfections de leurs visages. Hallucinant le nombre de thons qui paraissent baisables en boîte de nuit. Et les mecs, les pires. Avec leurs fausses montres et ceintures Gucci, parce qu'eux ne peuvent que difficilement tricher avec leur physique et se rattrape alors sur le fric. Toujours prêt à payer un verre à une fille avant de se faire rejeter. Je ne compte plus les péteux en talonnettes pour paraître plus grand, leurs bras soudés à leur tronc pour masquer leurs auréoles, ne bougeant que leurs avant-bras gourmettés.
Un concentré de beauferie. Et Roman qui continue à vouloir venir chaque week-end sans renoncer. Le jour où il trouvera une fille peut-être qu'il arrêtera de nous casser les couilles avec cette boîte.
Où était passée notre jeunesse ? Nos soirées interminables où je m'amusais encore. Seule l'habitude était restée. Par crainte d'assumer que nous avions changé. Qu'ils avaient changé. Et que plus jamais tout ne serait comme avant.
Etre seul entouré plutôt que d'être seul chez soi. Toujours donner l'impression d'être en groupe. La collectivité était rassurante. Faire semblant de s'amuser.

Toilettes. Encore. Deux grammes de plus. Incapable de savoir à combien s'élevait le tout. Encore obligé de payer le black des chiottes pour qu'il ne me dénonce pas. Toujours ce regard accusateur quand je sortais, fraîchement repoudré. Et toujours ce sourire ce contentement après lui avoir glissé sans plus aucune discrétion le billet tant espéré.
Tout n'était plus qu'habitudes. Des codes auxquels j'adhérais malgré moi.

Et puis j'ai vu ma cible. Ma jouissance mentale personnelle. Je me suis dirigé vers elle en bousculant quiconque se trouvait sur mon chemin. Ne jamais jamais perdre de vue sa proie.
Elle était parfaite. Encore plus que les autres. La Factory répondait de mieux en mieux à mes attentes. Une grosse blonde aux seins énormes, un string fushia dépassant de sa micro jupe en jeans. J'ai failli avoir un orgasme en m'apercevant qu'elle portait des santiags et un corset hideux en lycra qui dévoilait un piercing rose.
Elle ne m'avait pas vu venir vers elle, et quelle fut sa surprise en me voyant assis à côté d'elle, un main déjà posée sur son épaule. Surtout ne pas l'effrayer. Et ne jamais lui demander son prénom.
L'apprivoiser d'abord, la flatter, se montrer intéressé. Obtenir un degré de confiance minimal avant de se lâcher.
Je lui ai parlé de littérature. Elles sont toutes géniales sur ce sujet. Les seuls bouquins qu'elles ont lus se résument rapidement à ceux donnés par l'école, et l'intégral de Gossip Girl.
Ca allait être plus dur ce soir ma jolie. Sartre, Tolstoï, Bukowski. Sans transition, Freud, Jung, Baudelaire. La pauvre petite était perdue. Perdue dans mes yeux bleus, la bouche grande ouverte, incapable d'en placer une. D'abord parce que je ne la laissais pas parler, et surtout parce que la gourde n'avait rien d'intéressant à dire. Elle tirait nerveusement sur sa jupe pour garder un minimum de pudeur. Je m'étais encore plus rapproché d'elle. Elle avait l'air tellement innocente, tellement inculte, une bimbo en puissance.
Elle me regardait toujours, hébétée. Luke est passé à côté de nous et a explosé de rire. Je ne leur faisais rien de mal à ces filles. Je ne voulais pas les violer, de toute manière elle ne me faisait pas bander. Je voulais juste me payer de leur tête. Peut-être qu'en les ridiculisant je me prouverai que j'étais intelligent. Rabaisser les autres pour se sentir supérieur, plutôt que de cultiver son propre capital.

Je l'ai abandonné après une demi-heure de monologue jouissif. Retour à la table. J'ai engloutit une vodka-pomme.

Et je l'ai aperçu. Elle sortait de la boîte, de dos. Ca ne pouvait être qu'elle. J'avais reconnu sa démarche, sa manière d'avancer dans la foule en se glissant sans rien perturber. J'ai arrêté de respirer. Je l'ai appelé. Plusieurs fois, j'ai crié son nom dans la foule. Des têtes se tournaient peu à peu vers moi. Puis elle s'est retournée. Elle a cherché des yeux qui l'avait appelée. Son regard s'est arrêté sur moi. Je n'avais pas vu son visage depuis un an. Mon c½ur a fait un bon. Elle a esquissé un sourire et j'ai vu son mec lui prendre la main et la tirer à l'extérieur de la Factory.

Je suis resté debout au milieu de tout le monde qui avait recommencé à danser sans se soucier de moi. J'était paralysé et aussi hébété que la vulgaire blonde que j'avais draguée.
Le ballet incessant des corps qui me frôlaient ne perturbait pas ce que je ressentais à ce moment précis. Cette intense solitude qui me poursuivait depuis trop longtemps, ce dégoût de la vie et de moi-même qui me hantaient jusqu'en dans mes rêves. Ça ne pouvait pas être à cause d'elle. Ca ne pouvait pas être parce qu'elle n'était plus là. Non.

Quelqu'un m'a pris par le bras. Luke. Encore ce sourire d'ange malsain. Il m'a donné la main. Je pensais qu'il voulait apaiser ma douleur, mais au lieu du réconfort dont j'avais besoin, il a glissé deux boulettes dans ma paume. Noie ton chagrin dans la drogue. Ta cause est perdue.

Il m'a abandonné sur la piste de danse et je fixais sans réaliser le creux de ma main et les deux petites boules beigeâtres. La blondasse s'est dirigée vers moi.
- tu danses ? m'a-t-elle demandé, pleine d'entrain.
- Seulement si après tu me suces dans les chiottes.
J'étais subitement devenu agressif. Plus que normalement. Elle a écarquillé ses yeux rouges et je l'ai laissé plantée là. Direction les toilettes, encore.

Je suis entré, j'ai dépassé tout le monde. Je me suis enfermé et ai glissé doucement le long de la porte, les jambes écartées sur le sol gluant. Je sentais la fatigue me toucher, et la tristesse. Je sentais des larmes monter, et me suis empressé de sniffer une ligne. Pour ne pas craquer. La coke me permettait de rester vivant, mais vide. Vide de tout désir, de toute émotion. J'étais un zombie mort depuis longtemps. Je n'avais plus envie de rien. Je m'en suis rendu compte à ce moment là. Je critiquais les autres de faire semblant de s'amuser, alors que je jouais mon propre rôle depuis trop longtemps. J'étais devenu expert en hypocrisie, maître en faux sentiments. Mon rire sonnait faux dans ma gorge, et pourtant je refusais de laisser couler mes larmes. Rester digne, pourquoi faire ? Paraître maître de sa vie quand elle n'était plus que mensonges et grotesque ?
Des images sont revenues. Des sons. Son rire. Ses yeux. Son corps baigné dans la lumière de mon appartement, encore endormie. L'herbe sur ses vêtements quand nous étions dans le parc. Son approbation pendant les répètes. Son regard admiratif pendant les concerts. Sa voix quand elle chantonnait. Sa cambrure lorsqu'elle écrivait sur son ordinateur. L'écriture carrée de son carnet. Ses caresses. Ses lèvres. Ses cheveux. Son odeur. Son rire. Ses pleurs. Son désarroi. Ses reproches. Son indifférence. Sa distance. Son regard.
Stop.
J'ai terminé la deuxième boulette dans une ligne interminable. J'ai lancé le plus violement possible le miroir contre le mur, qui a explosé. J'ai lâché ma tête en arrière, posée contre le bois. Je voyais flou. Tout était trouble. Les toilettes me semblaient lointaine. Les sons de plus en plus distants. J'ai fermé les yeux. Je n'avais plus besoin de résister. Le bonheur n'existe pas.

# Enviado em Quinta 14 Fevereiro 2008 12:28

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