Le groupe le plus lointain de la région ouvre la soirée prometteuse : originaires d'Annecy, les Longwood's Cluedo débarquent sur scène, uniformisé dans des chemises à carreaux, prêt à surprendre le public pendant presque 45 minutes. La première originalité du groupe réside dans l'emploi quasi systématique du ukulélé, peut-être trop d'ailleurs.
Mixant allégrement presque tout les genres de musique (rock évidement, mais aussi rockabilly, country voir punk), les Longwood's réussissent le pari fou d'être aussi à l'aise d'un style à l'autre, tout en utilisant des instruments peu courants pour un groupe de rock (Banjo, Mélodica, Synthé, Ukulélé...) et deux voix différentes mais s'accordant parfaitement. Nettement plus puissant et plus intéressant sur scène que sur disque, malgré quelques accroches, le groupe distillent ses "comptines punk" en passant d'une ballade acoustique magnifique jouée à la guitare et au mélodica, au tube bête mais diablement efficace "Nag", et à une très bonne reprise des Small Faces. Un groupe à gros potentiel donc, très à l'aise sur scène, à surveiller.
C'est ensuite aux trois Genevois de Charles Buck Of Kiss, très jeune groupe, de jouer quatre titres avant l'arrivée de Digs. De bons morceaux très intenses et sexuels, trash et violents qui ne demandent qu'à être un peu plus travaillés. Le charisme des deux chanteurs captive l'audience, même si leurs voix ne sont que peu assurées. Une basse apporterait plus de profondeur au son, et des voix plus posées également.
Les Rockeurs Dorés de Digs montent ensuite sur scène. Dès l'intro, quelques problèmes de son persistants se font sentir. Joués trop rapidement, presque bâclés, les titres ne sont pas à la hauteur de la capacité du groupe. Mais l'énergie et la volonté sont là.
Bien évidement, les "tubes" font bouger la salle qui commence à se remplir, mais les morceaux, trop carrés, ne laissent pas de place ni à l'improvisation, ni à l'erreur. Trop sérieuse, la musique du groupe doit être jouée à la perfection pour faire ressortir son potentiel. Légère déception puisque qu'à l'écoute des meilleurs titres joués dans de meilleures conditions (moins de stress, moins d'impatience, meilleur son), on sait que les très bonnes compositions méritent d'être plus intenses et plus puissantes. On retiendra néanmoins l'excellent dernier titre « Morning At The Clearview », plus mature, et le tube au nom ridicule « Chnoblibrot ».
Evidement, la salle est pleine lors du concert des très attendu Mondrians. Plus en forme que jamais, les Valaisans ouvrent leur set par le tubesque "Reason To Live". Très énergiques, très motivés et très beaux, les quatre excellents musiciens prouvent une fois de plus leur talent de groupe de scène. Beaucoup plus coordonné qu'aux précédents concerts auxquels j'avais assistés, le groupe alternent récents titres rock et semi-ballades plus anciennes, dont l'éternel « Pearl Of The Lake ». Le retour de "Sing It Aloud" fait chanter les fans de la première heure, alors que le premier morceau chanté par Alric impressionne tout le monde par sa beauté. La voix de Maxime est plus assurée que jamais, et pour une fois, il ne fait pas qu'interpréter les titres : sa voix est enfin un instrument à part entière, égal aux guitares, à la basse (grandiose Louis) et la batterie. Le magnifique "Out Of Bananas" en deux parties, met en avant le songwriting exceptionnel de Maxime, et le reste des morceaux, puissants, violents, sales parfois (The Shout...) prennent aux ventres, et le public, fasse à la virtuosité de chaque musiciens, reste bouche bée.
Mais comment font ces jeunes ? Des compos géniales, un jeu de scène époustouflant, et des musiciens qui font trembler leurs instruments à chaque note. Alric caresse sa Rickenbaker pendant que Louis glisse ses doigts sur tout le manche de sa basse, Cédric fait résonner sa batterie sans une seule erreur de rythme, et Maxime assure la voix ET la guitare sans aucune difficulté.
Maxime annonce l'habituel dernier titre "Christmas On Your Window", et prévient le public de sa durée. Le doux crescendo entre la première partie douce et le final en apothéose intrigue les novices et réjouit les intimes. La fin en forme d'orgasme se termine dans une douleur épouvantable, quand les quatre maltraitent chacun dans leur coin leurs instruments pour les faire crier. L'évident larsen monstrueux laisse les spectateurs sans voix, abasourdis devant le concert formidable auquel ils viennent d'assister.
On étant prévenu. « Real Rock'n'Roll For Real People ».