15 :03. Nous embarquons dans le train pour plus de quatre heures de voyage dans la Suisse profonde.
17 :27. C'est très long. Et nettement moins drôle que ce que l'on espérait.
18 :34. Pas de wagon-restaurant, ni de quoi manger. La faim nous tiraille l'estomac et notre impatience s'intensifie.
19 :13. Nous nous ruons sur le premier fast-food à portée de vue.
19 :32. Nous nous entassons dans un bus minuscule à destination du site du festival. Et avons l'impression d'avoir débarqué sur une autre planète. La langue est incompréhensible malgré les (trop) nombreuses années d'allemand étudiées, la plupart des Suisses Allemands sont déjà complètement bourrés et transportent, en plus de leurs énormes sacs, de gigantesques packs de bières.
19 :56. Nous cherchons deux billets. Les locaux nous conseillent de traverser le fleuve et de rejoindre le site par l'arrière, à travers la forêt. La nuit se lève et nous ne voyons bientôt plus rien.
20 :23. Nous cherchons toujours deux billets.
21 :37. Nous cherchons un billet, après avoir claqué une somme considérable dans un pass trois jours.
22 :16. Nous exhibons fièrement nos deux bracelets argentés et avançons vers l'entrée du festival. Une plaine énorme au milieu des bois. Nous distinguons de nombreuses tentes sur les collines.
22 :28. Nous tentons désespérément de comprendre le fonctionnement de notre tente.
22 :45. Nous revoyons notre technique après notre cinquième échec. Nous entendons Placebo jouant au moment même sur la grande scène et ne regrettons absolument pas de ne pas y être. La set-list est extrêmement mauvaise, la voix de Molko peu assurée et le son horrible.
23 :19. Nous abandonnons nos affaires dans notre tente qui ressemble finalement à une tente. En bon Suisses, notre première boisson du festival est un lait chocolaté. Nous découvrons petit à petit les différentes scènes.
23 :45. LCD Soundsystem entre sur scène. La foule présente pour Placebo s'est dissipée, nous avançons jusqu'à une quinzaine de mètres de la scène. Les New-yorkais jouent en ligne, la batterie à la gauche du leader, perpendiculaire à la scène. D'abord sceptique, la puissance de leur musique et leur jeu de scène minimaliste m'entraîne rapidement. Réussissant le pari fou de reproduire parfaitement leur son electro sur de vrais instruments, chaque titres allant crescendo, la foule d'abord très calme transforme vite le site en rave géante. Etrangement charismatique, le leader James Murphy captive les yeux du public lorsqu'il chante, trop occupé sinon à régler à la perfection le son des instruments. Nettement plus rock en live qu'en studio, le groupe joue pour la plupart des titres de leur dernier effort « Sound Of Silver ». Le concert s'intensifiant à chaque titres, grâces aux excellents « Time To Get Away », le très catchy « North American Scum », « Us V Them » ou encore le magnifique « All My Friends », nous quittons la grande scène pour écouter les Klaxons.
00 :23 Grossière erreur. La foule est immobile sous le chapiteau. L'une des grandes découvertes de l'année 2007 ne parvient pas à faire bouger son public, pourtant nombreux. Massacrant leurs tubes « Atlantis To Interzone », « Golden Skans » ou encore « Totem Of Timeline », le groupe manque cruellement d'énergie. Le batteur n'est absolument pas en place, le rythme éléctro des titres est irrégulier et brise chaque titre. Le public est en attente, et ne fait que hocher la tête (et certainement pas en rythme s'il suit la section rythmique ridicule), impuissant quant au manque de puissance. Le vide scenique des Klaxons leur est fatal, puisqu'il ne colle absolument pas à leur musique énergique.
01 :07 Nous découvrons avec effroi l'état des toilettes du festival.
02 :22. Nous sortons avec effroi des toilettes du festival, après nous être fait draguer par deux jeunes filles « emo » bourrées, dont une aphone, et l'autre trouvant le français « so poë-ti-keu »
02 :37. Nous arrivons vers l'emplacement réservé aux tentes. La notre n'est plus là. Nous passons 5 longues minutes à la chercher, et la retrouvons 10 mètres plus loin complètement saccagée. Nos sacs sont éventrés, nos sacs de couchage remplis de paille. Nous essayons de la reconstruire, mais après avoir constaté que les dégâts seront irréparables, nous décidons de retourner à St Gall et de chercher un hôtel où dormir.
03 :03. Nous montons dans le bus sensé nous ramener en ville.
03 :22. Nous arrivons dans un parking immense à 5 Km de St Gall, nous retournons sur le site du festival.
03 :37. Le bus pour la ville nous passe devant.
03 :43. Nous demandons à un taxi dans un allemand approximatif de nous déposer dans un hôtel ouvert. Il nous débarque dans le « Grand Hôtel Radisson ». Nous traversons le hall dans nos converses boueuses, nos sacs sur le dos, et S. dit au réceptionniste « We are two, and we are tired », qui nous répond « Yes, And we are full booked ». Ce dernier téléphone à chaque hôtel ouvert pour leur demander s'ils ont de la place. Il trouve finalement une chambre à un prix exorbitant à une vingtaine de minutes en voiture de la ville.
04 :07. Nous arrivons dans l'hôtel et un vieillard nous donne les clés. Nous débarquons dans notre chambre et nous nous écroulons de fatigue.
09 :57. Nous descendons prendre un petit-déjeuner. La moyenne d'âge est de 83 ans. L'hôtel étant en faite une station « bain-détente pour troisième âge » au bord d'un lac, la clientèle savourant de délicieux pruneaux bouillis jette des regards affolés au deux jeunes cernés qui débarquent dans leur territoire, leurs pantalons exagérément serrés et leur chaussures défoncées, se gavant de café.
10 :22. Nous quittons la chambre et payons. Nous passons encore une heure au bord du lac à réaliser ce qu'il vient de nous arriver.
La journée s'annonce nettement plus joyeuse. Rejoint par le reste des troupes venus écouter les grosses têtes d'affiches, nous avions réservé une chambre plus proche du site, et surtout moins chère.
Le premier groupe de la journée est Bloc Party. Ils ouvrent avec un magnifique « Song For Clay ». Le contraste entre le début doux et la fin en apothéose démarre les hostilités. Le groupe, en très grande forme, enchaîne parfaitement leurs excellents titres. « Positive Tension », « Hunting For Witches », « Waiting For The 7:18 » précèdent le tube « Banquet ». Le charismatique Kele Okereke joue avec son public, alors que ses musiciens restent en retrait. L'exceptionnel batteur porte chaque titre jusqu'à son summum. Parmi les très bons « I Still Remember », « This Modern Love », « Blue Light », nous retiendrons comme grands moments du concert les impressionnants « The Prayer » et son final magistral (alors qu'un château volant surplombe le festival), « Where Is Home ? » et ses deux batteries, permettant à Okereke de montrer l'étendu de son talent de chanteur, le gigantesque « Uniform » enchaîné à « Luno » faisant la part belles aux guitares, le difficile mais parfait « Like Eating Glass » précédant « She's Hearing Voices » où le leader se permet un bain de foule. Le groupe clos leur prestation presque parfaite par un « Helicopter » exceptionnel.
Quelques heures plus tard, c'est au tour de Kaiser Chiefs d'investir la grande scène. Ils ouvrent leur show par « Every Day I Love You Less And Less » qui annonce immédiatement la couleur : Kaiser Chiefs est un groupe de scène qui aime jouer énormément avec son public et qui ne s'en privera pas. Suivent « Heat Dies Down », « Everything Is Average Nowadays », un très grand « Ruby » et un joli « I Can Do It Without You ». Moins bons musiciens que leurs homologues plus bruts Bloc Party, le groupe compense par son jeu de scène. Ricky Wilson courre sur toute la longueur de la scène, fait chanter de manière répétitive le public, le fait crier « Kaiser Chiefs, Kaiser Chiefs ! », grimpe sur les amplis, pour finalement s'emballer sur une cloche à la manière d'un concours d'Air Guitar, comme intro à « Modern Way ». Malheureusement, pas de morceaux magistraux, mais de bonnes chansons qui manque cruellement de sincérité. Leur besoin systématique de jeu avec la foule fatigue la plupart des fans, et même si l'ambiance était grandiose au début du spectacle, le public commence à s'essouffler au milieu du set. Le karaoké géant joue encore « Learnt My Lesson Well », « The Angry Mob », « Highroyds », « Retirement », « Oh My God » suivi de « I Predict A Riot » dans un final beaucoup trop grandiloquent.
Nous profitons du concert d'un horrible groupe de Rap-Metal allemand nommé “Beatsteaks” (tous est dans le nom) pour acheter quelque chose ressemblant à un burrito. Nous constatons, effrayés, que le public, déjà nombreux pour les deux concerts précédents, a doublé, que la foule est en transe et crie presque aussi fort que le chanteur, ses morceaux d'une nullité absolue. En comparaison, Linkin Park ferait de la musique de chambre.
En clôture de cette deuxième journée de festival, Arcade Fire arrive sur la grande scène devant un public plus âgé et plus calme. Les Canadiens ouvrent avec « Keep The Car Running » déjà prometteur d'un grand concert. Sans attendre, ils enchaînent avec le puissant « No Cars Go » s'intensifiant à chaque mesure, puis par « Haïti » montant en crescendo. En trois titres, le groupe fait passer plus d'émotions que dans tout les concerts vus jusqu'à présent. La puissance de la musique s'associant à la beauté des textes, le public contemple religieusement le plus grand groupe de ces dernières années, et l'assourdit d'applaudissement à la fin de chaque titre. Occupant l'espace de manière très théâtrale, Régine Chassagne joue de sa voix espiègle et trouble chaque spectateur. C'est une fée qui sautille sur scène lorsqu'elle ne joue pas d'instrument, et démarre « Black Waves / Bad Vibrations » comme une poupée, et s'arrête net de bouger, les yeux cachés par ses mains comme une enfant apeurée lorsque Butler la rejoint pour la deuxième partie du morceau. La force et l'émotion de ce titre fait vibrer quelque chose en chaque personne et Win Butler remercie timidement le publique, avant d'enchaîner avec « Black Mirror », encore plus puissant que sur disque. Changeant systématiquement les musiciens de chaque instrument à chaque titre, Chassagne joue de la batterie sur ce titre et sur « Ocean Of Noise » qui suit. Après une majorité de titres tirés de « Neon Bible », Arcade Fire joue le magnifique « Tunnels » augmentant en puissance lui aussi à chaque seconde. Quelque chose de magique est entrain de se passer, la chair de poule sur nos bras nous en fait prendre conscience juste avant le plus beau moment du concert, « Intervention ». Régine Chassagne maintenant à l'orgue, la beauté de ce titre prend toute son ampleur en live. Les mots prennent vie dans la bouche de Butler et chaque note touche le c½ur du public. Le crescendo du morceau porte la foule dans une sensation tellement puissante que je remarque des larmes sur les joues de plusieurs spectateurs. « Antichrist Television Blues » moins puissant (mais comment rivaliser avec « Intervention » ?) suit et précède deux tubes tirés de « Funeral », un magnifique « Power Out » et un « Rebellion (Lies) » majestueux. Le groupe remercie à mi-voix, probablement aussi touché que le public à jamais troublé par cette prestation hors du commun. On rentre des étoiles dans les yeux, sachant que l'on vient de vivre un instant de magie pure.
Le lendemain, probablement moins fantastique mais excellent également, Arctic Monkeys entre sur scène devant un public de fans transis, pour la plupart de sexe féminin et très jeune. Le groupe ouvre sans grande surprise avec un intense « The View From The Afternoon » enchaîné par « Brianstorm » encore plus puissant. Toujours aussi loquaces et débordant d'affection pour le public qu'à leur habitude, c'est toujours sans aucun mot que les quatre de Sheffield enchaînent les parfaits « Still Take You Home » et « Dancing Shoes ». Plaisantant entre eux, ne daignant le public que d'un « Thank You » marmonné par Turner, le quatuor joue ensuite un « From The Ritz To The Rubble » magnifique, puis « Teddy Picker » et « D Is For Dangerous ». La voix est nettement plus assurée qu'à leur première tournée, et malgré un intérêt pas spécialement prononcé pour le public, le groupe est moins timide et beaucoup plus énergique. La prestance vocale d'Alex Turner se fait encore plus remarquée sur le nouveau single « Fluorescent Adolescent » et le tube « Fake Tales Of San Francisco » termine en apothéose. Beaucoup plus réactifs aux titres tirés de leur premier album, nettement plus maîtrisés également, le public se déchaînent sur « Leave Before The Lights Come On » et surtout sur « When The Sun Goes Down ». « Favourite Worst Nightmare » étant plus difficile à jouer sur scène que « Whatever... », Arctic Monkeys réussissent pourtant à livrer leurs nouveaux titres avec une énergie grandissante en live. Le groupe clôt leur excellent set par un « A Certain Romance » extrêmement puissant.




